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Le P’tit Kersalic n°73

CHRYSTELLE, L'ART DE LA TABLE COMME UN SOIN

Au sein de notre village de Kersalic, la brasserie « Aux Papilles et Mamies » n’est pas qu’un simple lieu de restauration. Véritable carrefour de vie, elle est un écrin de sécurité et de plaisir où habitants, familles, membres de l’équipe et visiteurs extérieurs se croisent. Rencontre avec Christelle, dont le parcours et le regard incarnent cette philosophie du « prendre soin » par l’assiette.

Qu’est-ce qui vous a amenée à travailler dans le secteur médico-social ?

Christelle : « Je dirais que c’est le fruit d’un grand hasard. J’ai fait toute ma carrière dans l’hôtellerie et la restauration classique. Après avoir perdu mon emploi, j’ai répondu à une annonce et j’ai accepté une semaine d’essai. Pour moi, c’était un saut dans l’inconnu. À vrai dire, ce n’était pas gagné d’avance : dans mon expérience passée en restauration ouvrière, j’appréhendais le contact avec les personnes âgées, que je percevais parfois comme les plus impatientes. Mais dès que je suis arrivée ici, j’ai aimé ce que je faisais. J’ai appris à les connaître, et ce milieu m’a littéralement conquise. »

Comment définiriez-vous votre mission aujourd’hui au sein du restaurant ?

Christelle : « Ma mission, c’est la zéro frustration. Je veux que le moment du repas soit un plaisir à 100 %, que ce soit pour les habitants qui mangent normalement ou pour ceux qui ont des menus « moulinés ». C’est aussi une mission de sérénité pour les familles, elles doivent pouvoir s’installer à table sans le stress de savoir si leur parent pourra manger ou non.

Quelle est la nature de votre relation avec les habitants ?

Christelle : « C’est une relation basée sur une confiance profonde. J’ai le sentiment qu’ils m’apportent autant, si ce n’est plus, que ce que je peux leur donner. C’est un échange permanent, très riche. Pour moi, la plus belle des récompenses, c’est de les voir quitter la brasserie avec le sourire, heureux d’être venus et impatients de revenir. »

Qu’est-ce qui vous touche particulièrement dans votre quotidien à Kersalic ?

Christelle : « Ce qui me touche, c’est cette idée que l’on a le droit de vieillir bien, en étant entouré de bienveillance. Le « prendre soin » que nous pratiquons ici, c’est exactement ce que j’aimerais que l’on fasse pour moi plus tard. Au-delà de la technique, c’est l’humain qui prime. »

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans l’exercice de vos fonctions ?

Christelle : « Sans hésiter, ce sont les décès. On s’attache forcément à certaines personnes avec qui les liens deviennent plus forts. C’est le côté sensible de notre métier dans ce village. »

On dit souvent qu’à Kersalic, chaque métier contribue au soin. Le ressentez-vous ainsi ?

Christelle : « Absolument. D’une certaine manière, notre travail est un soin. À Kersalic, il n’y a pas juste une serveuse ou un cuisinier ; nous faisons tous du soin pour répondre aux besoins de l’habitant. C’est un véritable travail d’équipe. Nous demandons toujours leur avis sur les cartes, nous ajustons nos menus pour que chacun, quel que soit son régime, puisse se régaler. »

Votre expérience passée vous a-t-elle aidée à forger votre approche actuelle ?

Christelle : « Elle m’a appris la patience, une vertu qu’on n’acquiert pas toujours dans la restauration classique. Ici, il faut accepter de travailler au rythme de l’habitant, sans le brusquer, même quand le service s’intensifie. Avec le temps, j’ai développé une manière de faire plus posée, plus attentive, où chaque geste compte. Aujourd’hui, j’essaie de conjuguer cette patience avec mon instinct et mon envie de bien faire. »

Comment envisagez-vous l’avenir et votre capacité à innover au restaurant ?

Christelle : « Je souhaite continuer à m’investir, car j’aime profondément ce que je fais. À Kersalic, nous avons la chance d’avoir une grande liberté pour entreprendre. Par exemple, j’ai pris l’initiative d’utiliser une tablette pour montrer des photos des plats aux habitants. Apporter ce visuel change tout, cela rend le menu réel pour eux. Nous travaillons aussi sur l’inclusion, je refuse qu’une personne mange différemment sous prétexte qu’elle a besoin d’une alimentation mixée. Nous adaptons nos entrées, nos plats et nos desserts pour que tout le monde partage la même expérience gastronomique. Tant que le projet est tourné vers le bien-être de l’habitant, toutes les idées sont les bienvenues. »

Interview par Séverine Cheminat

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