LES MÉTIERS DU SOIN
PARCOURS D'UNE GOUVERNANTE
C’est dans la chaleur du Café de la Mairie que j’ai rencontré Sabine. Entre deux préparatifs, elle a accepté de prendre un moment pour revenir sur ce qui, depuis des années, nourrit son engagement auprès des résidents. Pour notre newsletter, elle retrace un parcours marqué par l’attention, la mémoire et le respect.
Qu’est-ce qui vous a conduite vers le secteur médico social ?
« Tout a commencé loin des établissements médico sociaux », raconte Sabine.
À 16 ans, dans un salon de coiffure de village, je découvre presque par hasard la relation d’accompagnement. Je coiffai des personnes âgées qui, lui partageaient leurs récits, leurs souvenirs, ces fragments de vie transmis avec une simplicité touchante.
Cette proximité quotidienne avec les « grands mères et grands pères » a constitué un véritable déclic dans la construction de mon parcours professionnel. Une affinité née très tôt, nourrie de ses propres souvenirs familiaux, est devenue au fil du temps une boussole intérieure qui ne m’a jamais quittée.
Comment définiriez-vous votre mission à Kersalic aujourd’hui ?
Votre relation avec les personnes âgées
Mon rôle ne se résume pas à une fiche de poste ; pour moi, c’est avant tout un lien privilégié avec les habitants de Kersalic. Au « Café de la Mairie », j’ai le sentiment que la gourmandise, crêpes, gâteaux, petites douceurs, devient un prétexte pour ouvrir des espaces de confidences parfois inimaginables, et pour partager des éclats de rire qui donnent du sens au quotidien de tous.
Ce qui vous touche
Je me souviens avec une tendresse particulière d’un résident malentendant. Il ne participait à aucune activité, mais chaque samedi, il venait savourer mes crêpes qu’il appelait les « meilleures de l’Ouest ». Il arrivait toujours avant l’affluence. Il faisait exprès de faire claquer ses chaussons pour que je l’entende, et je savais alors qu’il était là. Je lui préparais sa table, attentive à son besoin de tranquillité et de dignité.
Ce qui est le plus difficile
Le départ des résidents reste l’épreuve la plus difficile, mais j’y vois aussi une chance : celle de pouvoir les accompagner dignement jusqu’au bout du chemin.
La conscience prise en travaillant ici
Je ne pourrais plus travailler comme avant. Pendant quatorze ans, j’ai servi soixante douze personnes dans un réfectoire nourri avec des « boîtes de conserve ». À Kersalic, j’ai retrouvé le sens de l’humain et de la qualité du temps partagé.
Votre expérience passée vous conduirez à donner quel conseil pour accompagner ces personnes ?
Je réponds sans hésiter, forte de ce que j’ai appris au fil des années : pour moi, l’humain doit rester au centre. Je prône la bienveillance, l’écoute et la communication. Et s’il y a quelque chose que je considère comme absolument indispensable, c’est la chaleur humaine, cette présence du cœur qui donne du sens à tout. « Qu’on ne me dise pas qu’on n’a pas quelque chose là », dis je en désignant mon cœur. Sans cela, le métier perd toute sa substance.
Et pour vous, Sabine, comment voyez-vous la suite de votre aventure ?
À sept ans de la retraite, je ne conçois pas mon avenir autrement. Je ne pourrais plus revenir en arrière, ni vers un environnement de soin froid et impersonnel. Si cette dimension humaine venait à s’effacer, je préférerais me retirer. Mais soyez rassurés : je compte bien poursuivre ma mission à Kersalic et continuer à y faire rayonner le goût, les saveurs et les sourires aussi longtemps que je le pourrai.
Interview et photos par Séverine Cheminat
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Salle la LANTERNE à Grâces
Vendredi 29 mai


