BACCALAURÉAT : 200 ANS D'HISTOIRE
Pour beaucoup, le mot “bac” renvoie au silence des salles d’examen et à cette boule au ventre à l’approche des résultats. Dans quelques jours, ce sera au tour des jeunes bacheliers 2026 de connaître ce sentiment. L’occasion parfaite pour revenir sur la version actuelle du baccalauréat, qui, vous allez le constater, n’a plus grand-chose à voir avec le “bachot” que vous avez pu connaître.
Tout d’abord, faisons un peu d’histoire et revenons aux origines du baccalauréat.
Si l’on peut imaginer que le baccalauréat est une épreuve relativement récente, il n’en est rien. En réalité, ses racines sont millénaires. Les premiers bacheliers datent du XIIIe siècle. A cette époque, il n’est pas question d’épreuves de français ou d’histoire mais plutôt de disciplines antiques comme la dialectique, l’astronomie ou la musique, constituant le “Trivium” et le “Quadrivium”.
Il faudra attendre 1808 et Napoléon pour voir naître le baccalauréat moderne. L’empereur en fait alors le “premier grade de l’Université” et l’impose comme un passage obligé pour accéder aux études de droit, de théologie ou de médecine. Loin des centaines de milliers de candidats d’aujourd’hui, l’examen est alors réservé à une élite masculine destinée aux hautes fonctions publiques. La première session de 1809 ne rassemble d’ailleurs que 39 étudiants.
LE SAVIEZ-VOUS ?
Le mot “baccalauréat” a pour racine la locution latine “bacca laurea” signifiant “la couronne de laurier”, une distinction honorifique symbolisant la gloire de son porteur.
Examen extrêmement sélectif, souvent qualifié de « brevet de bourgeoisie », le baccalauréat ne concerne jusqu’à la Seconde Guerre mondiale qu’une infime proportion de chanceux, souvent issus de familles très fortunées. Les jeunes filles sont autorisées à se présenter à l’examen avec les mêmes programmes que les garçons qu’à partir de 1924.
Au lendemain de la guerre, le baccalauréat reste une véritable barrière sociale. En 1953, seulement 5 % des jeunes obtiennent le diplôme. Le baccalauréat d’alors est composé de 3 filières : Philosophie, Mathématiques élémentaires et Sciences expérimentales.
JULIE–VICTOIRE DAUBIÉ (1824-1874)
Première bachelière de France en 1861, elle apprend le latin en cachette. En ce temps, la matière nécessaire à l’obtention du diplôme n’est pas enseignée aux filles.
Ce n’est qu’à partir des années 1960, avec la poussée démographique du baby-boom et l’allongement de la scolarité obligatoire à 16 ans, que le baccalauréat change d’échelle. En 1968, le baccalauréat technologique fait son apparition et le baccalauréat général se divise en 5 séries désignées par les lettres A, B, C, D, E. 1985 voit la création d’une troisième voie : le baccalauréat professionnel, pour valoriser l’enseignement technique et les métiers.
En 1993, la réforme du baccalauréat général marque un tournant majeur en simplifiant les séries pour faciliter l’orientation. Les cinq séries sont supprimées et remplacées par trois grandes filières : L (Littéraire), ES (Économique et Sociale), S (Scientifique). Les anciennes séries technologiques (F, G, H) sont également transformées en de nouvelles appellations plus précises. L’examen comporte une dizaine d’épreuves obligatoires, variant selon les filières. L’obtention du baccalauréat est alors entièrement conditionnée par les épreuves terminales du mois de juin.
Le baccalauréat “nouvelle génération”
Le grand bouleversement a lieu en 2019 avec la réforme du lycée portée par Jean-Michel Blanquer. C’est la fin des filières et l’arrivée des spécialités. Entrée en vigueur en 2021, cette réforme donne l’impression d’un “bac à la carte” : Un tronc commun à tous les élèves — français, philosophie, histoire-géographie, langues vivantes, enseignement scientifique, Éducation physique et sportive — et deux spécialités au choix parmi treize, allant des mathématiques aux arts, en passant par les sciences économiques, la philosophie, les sciences de la Vie ou l’informatique.
Rien que pour la voie générale, il existe donc 78 baccalauréats différents. L’idée est de rendre cet examen plus personnalisé et plus adapté à la future orientation de l’élève. La grande rupture avec les baccalauréats passés réside dans l’instauration du contrôle continu. Les notes obtenues dans les matières du tronc commun durant les années de Première et de Terminale comptent pour 40 % de la note finale. Les épreuves terminales représentent donc désormais les 60 % restants : le français oral et écrit en Première, la philosophie, les 2 spécialités et le Grand Oral en Terminale. L’objectif du Ministère de l’Education nationale avec cette réforme « choc » est de valoriser le travail régulier en évaluant un parcours plutôt qu’une seule journée.
Finalement, qu’il soit question du “bachot” ou de la version la plus récente, le baccalauréat reste ce grand moment d’une vie : un passage obligé, indispensable pour accéder aux études supérieures. Malgré toutes les réformes, certaines choses ne changent pas. Il y a toujours les mentions pour briller, et la deuxième chance du rattrapage pour se relever. Mais aussi les nuits blanches et la boule au ventre qu’on ne peut maîtriser.
Il ne reste plus qu’à patienter jusqu’au 7 juillet pour entendre les cris de joie… et parfois les pleurs, à l’annonce des résultats.
Ayline Guillaume



