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Le P’tit Kersalic n°76

BRIGITTE, L'ENTRETIEN DU LINGE COMME VECTEUR DE SOIN

À Kersalic, prendre soin est l’affaire de tous. Si on la croise au détour des couloirs, poussant son chariot de linge, Brigitte, notre lingère, assure une mission qui ne se résume pas à l’entretien des vêtements. Présente au quotidien dans les villages, elle prend le temps d’échanger, d’écouter et de veiller discrètement sur chacun. Rencontre avec une professionnelle dont l’attention sincère et les gestes du quotidien participent, eux aussi, à l’accompagnement des habitants.

Comment définiriez-vous votre mission au sein de Kersalic ?

“Ici, je suis responsable de l’entretien du linge, de sa collecte jusqu’à sa distribution. Cela comprend toutes les étapes de lavage, séchage, pliage et repassage. Je veille à conserver les habitudes des habitants, leur manière de faire, leurs préférences. Je m’occupe de leur linge comme je voudrais qu’on s’occupe du mien. Il m’est impensable de ramener du linge non repassé, c’est une question de respect. De mon point de vue, le linge n’est pas qu’un bout de tissu à laver. C’est la propriété des habitants et quelque part, c’est aussi un prolongement d’eux. Un vêtement, c’est un bout d’histoire, de personnalité, c’est ce qui fait l’identité de la personne.

Ma mission ne se limite pas à la lingerie. Quand je passe dans les villages pour restituer le linge, je prends le temps d’échanger avec les habitants. Parfois, je suis amenée à leur rendre de petits services, comme les aider à enfiler leurs bas de contention ou mettre leurs appareils auditifs. Si au cours de mon passage, je remarque qu’un habitant va moins bien, je n’hésite pas à prévenir les aides-soignants ou infirmières.”

Quelle est la nature de votre relation avec les habitants ?

“J’accorde beaucoup d’importance au lien. J’adore être en contact avec les habitants. La distribution du linge m’amène à “voyager” d’un village à l’autre et me permet de côtoyer tout le monde, tous les profils. J’apprends à connaître les habitants, des liens se créent et inévitablement, je finis par m’attacher à eux.”

Pensez-vous que votre travail est reconnu à sa juste valeur ?

“Oui. Les habitants me remercient et me parlent souvent de ce que je fais pour eux. Ils sont reconnaissants et c’est une belle récompense. Je reste très vigilante pour ne pas perdre de vêtements mais ça peut quand même arriver. Alors, dans ces moments, je me sens investie d’une mission et fais tout mon possible pour les retrouver”.

Quelle est la nature de votre relation avec les équipes ?

“De par ma fonction, je ‘n’appartiens’ à proprement parlé à aucun village. Pourtant, je n’ai pas le sentiment que cela change quelque chose. Je me sens intégrée, à l’image d’un maillon reconnu comme indispensable à la chaîne.”

On dit souvent qu’à Kersalic, tous les professionnels sont des soignants. Le ressentez-vous aussi ainsi ?

“Au début, j’avais du mal avec cette qualification que l’on réserve généralement aux aides-soignants, aux infirmiers… Je ne voyais pas en quoi ‘la lingère’ pouvait-être elle aussi soignante. Maintenant, j’ai compris que le soin ne se limite pas aux toilettes ou à l’aide au repas. C’est vrai, je suis la lingère mais j’ai le sentiment de leur rendre plus qu’un service. Je fais bien plus que leur rapporter leur linge, je prends du temps avec eux pour discuter, pour les écouter. Je suis attentive à eux, à leurs besoins. Donc oui, aujourd’hui, je me considère moi aussi comme soignante !”

Interview réalisée par
Ayline Guillaume

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