TY KER, UN VILLAGE EN MOUVEMENT, RICHE DE SES DIFFÉRENCES.
À Kersalic, la vie n’est pas uniforme ; elle se décline en quatre villages, chacun possédant son organisation et ses particularités. Aujourd’hui, nous poussons les portes de Ty Ker. Situé au rez-de-chaussée, ce village dont le nom signifie symboliquement en breton « le centre du village » ou « la mairie » est bien plus qu’une unité de soins. Ty Ker est un lieu ouvert, un carrefour traversé par les allées et venues de celles et ceux qui circulent d’un espace à l’autre, et animé en permanence par la vie qui le traverse. On y cultive un esprit “comme à la maison”, porté par une équipe pluridisciplinaire qui veille chaque jour à ce que le projet de vie de l’habitant prime sur l’institution. Rencontre avec un collectif qui a choisi de placer la citoyenneté et le respect des rythmes de l’habitant dans ses priorités.
Comment présenteriez – vous l’identité de Ty Ker et de ceux qui y vivent ?
Nous sommes un village de 15 habitants aux profils très hétérogènes. Contrairement aux autres villages, dont les publics sont davantage ciblés, Ty Ker accueille une grande diversité de personnes : certaines conservent une certaine autonomie, tandis que d’autres font face à des dépendances plus complexes, avec des troubles cognitifs et/ou des déficits physiques importants.
Cette diversité s’explique par l’ancien fonctionnement du village, qui recevait les nouveaux arrivants avant de les orienter vers l’unité correspondant à leurs besoins. Aujourd’hui, cette mixité fait notre richesse.
C’est aussi pour cela qu’au sein de notre équipe, nous aimons nous voir comme une « famille d’accueil ». Cette diversité, c’est également celle de notre collectif. Nous sommes huit collègues, aides soignants, AES, agents de service, AMP et cette pluralité de diplômes, mêlée à des parcours allant de l’expérience confirmée au début de carrière, est ce qui nous permet d’être performants.
Pour nous, Ty Ker est un lieu où l’on veille à ce que chacun trouve sa place et puisse s’y épanouir, les soignants comme les habitants.
Qu’est-ce qui forge votre cohésion et votre force en tant qu’équipe ?
Notre sève, c’est notre joie de vivre et notre humour. Nous rions beaucoup, et c’est un outil précieux pour désamorcer les tensions. Nous cultivons un esprit de camaraderie, une ambiance de taquineries bienveillantes, un peu comme dans le milieu du sport, que chacun accueille avec plaisir. Cette complicité nous permet de faire équipe, surtout lorsque nous traversons des périodes plus exigeantes. Cet humour crée aussi un lien unique avec les habitants. Nous adaptons notre langage et nos blagues à la personnalité de chacun, parce que nous les connaissons finement. Et si une plaisanterie ne convient pas à l’un d’entre eux, il nous le dit, et nous ajustons immédiatement notre posture.
Quelle est votre vision de l’accompagnement au quotidien ?
Nous nous appuyons sur un principe fondateur : les habitants sont ici « chez eux », et les soignants occupent une place d’invités dans leur maison. Notre mission est d’assurer une présence qui s’ajuste à leurs besoins, qu’il s’agisse du soin, du repos ou de la vie sociale.
À Ty Ker, nous ne calquons pas notre organisation sur celle des autres villages. Par exemple, si ailleurs le dîner est servi à 19h30, chez nous les habitants préfèrent manger à 18h30, et nous respectons ce choix. De même, il n’existe pas d’horaires de soins rigides : si un habitant souhaite rester au repos pendant 48 heures, nous l’accompagnons dans ce besoin tout en veillant discrètement sur lui.
En nous adaptant à leurs rythmes plutôt que d’imposer le nôtre, nous préservons leur liberté d’être et d’agir, et soutenons le maintien de leur autonomie citoyenne.
Qu’est-ce qui donne, selon vous, le plus de sens à votre mission ?
Le cœur de notre mission est de garantir le bien être et la tranquillité des habitants, de lire la sérénité sur leurs visages. Quand l’habitant est bien, nous sommes bien. Notre pratique professionnelle s’appuie sur l’éthique et le bon sens, sans avoir recours à une multitude de documents administratifs.
Ce qui a de la valeur pour nous, c’est le respect des habitudes de vie de nos aînés. Même si nous laissons une grande liberté, nous savons que le rythme d’une personne est souvent stable. Respecter ces rituels, l’heure du réveil, une préférence alimentaire apporte une continuité qui sécurise l’habitant. C’est cette reconnaissance de leur identité propre qui donne tout son sens à notre engagement.
Qu’est – ce que l’expérience Kersalic vous a apporté ?
Pour beaucoup d’entre nous, travailler ici a été une véritable renaissance professionnelle. Le changement le plus marquant a été l’abandon de la blouse blanche, il a permis de briser une barrière symbolique de supériorité pour laisser place à une relation d’égal à égal, plus fluide et plus naturelle. Certains d’entre nous, venant de structures plus classiques, ont retrouvé ici leurs valeurs morales.
Nous ne décidons plus à la place de l’habitant de ce qui relève de son confort personnel, le soin est désormais coconstruit avec lui. Cette approche redonne tout le sens à notre mission, nous protège de l’épuisement professionnel et nous permet d’exercer notre métier avec une fierté retrouvée.
Interview par Séverine Cheminat


