L’ARTISAN DU LIEN
QUAND LA TECHNIQUE FAIT SOIN
Au sein de notre village de Kersalic, chaque intervenant, quel que soit son outil de prédilection, participe à la symphonie de l’accompagnement. Si on le croise souvent une perceuse à la main, en haut d’un escabeau ou veillant au bon fonctionnement de nos équipements, Stéphane, notre agent de maintenance, ne se définit pas seulement par sa technicité. Pour lui, réparer un objet, c’est avant tout réparer le lien et offrir un cadre de vie serein à nos habitants. Rencontre avec un artisan dont l’« intelligence pratique » est au service du cœur.
Stéphane, qu’est-ce qui vous a amené à poser votre boîte à outils dans l’univers médico-social ?
C’est un parcours de vie marqué par des rencontres et des circonstances qui, peu à peu, m’ont conduit à me réinventer. Très jeune, je m’occupais déjà d’un cousin en situation de handicap : la fibre sociale était déjà là, quelque part.
Après avoir été chef d’équipe dans le bâtiment, une cousine infirmière, attentive à ce que je portais en moi, m’a alors glissé : “tu es sociable, pourquoi ne fais-tu pas du soin ?” Cette parole a ouvert une nouvelle voie. C’est ainsi que j’ai débuté ma carrière dans le secteur de la psychiatrie en 1990. Et même si j’ai choisi la filière technique plutôt que le soin au sens strict, j’ai toujours conservé cet état d’esprit fait d’écoute, de présence et d’attention portée aux autres.
Comment définiriez-vous votre mission aujourd’hui au sein du village de Kersalic ?
Ma mission ne se limite pas à l’aspect technique, elle est aussi une présence, une écoute attentive, une manière d’accompagner les résidents et de soutenir l’équipe dans leurs projets. Je me vois un peu comme un “bon voisin”, celui qui apporte une aide, à la fois sur le plan matériel mais aussi humain.
J’aime penser que je dispose d’une forme ”d’intelligence pratique”, et j’apprécie de mettre mes compétences au service d’un bien-être partagé. Lorsque j’entrevois une tristesse ou un changement chez un habitant, j’en fais part aux collègues soignants. Ma place est celle d’un technicien, mais elle s’exerce avec une attention fine : le sourire, l’observation et l’écoute font aussi partie de mes missions.
Le cadre de Kersalic a-t-il modifié votre perception du “soin” ?
Ici, le cadre est moins institutionnel, ce qui ouvre un espace de créativité plus large. Ma mission reste technique, bien sûr, mais j’ai compris que mon travail de rénovation et de décoration participe pleinement à la qualité de vie des habitants. Chaque intervention compte, la restauration d’un meuble, un espace réaménagé, une teinte choisie avec délicatesse… Mettre mes compétences au service du village, c’est contribuer à façonner un environnement apaisant, chaleureux et vivant. Et cela, pour moi, c’est déjà prendre soin.
De quelle manière entretenez-vous le lien avec les personnes âgées ?
Quand j’installe un tableau chez un habitant, je prends toujours le temps de lui demander où il souhaite le voir. Je l’implique dans le geste. Notre rôle ne se limite pas à réparer, il consiste aussi à prêter attention, à reconnaître nos aînés et à faire, à notre échelle, tout ce qui peut renforcer leur confort et leur dignité « chez eux ».
Votre visibilité au sein du village, est-elle essentielle pour vous ?
« Ah oui, c’est primordial ! À Kersalic, on est dans l’ouverture et le lien les uns et les autres. Les familles les résidents mais aussi l’équipe m’interpellent sur mes chantiers pour me demander conseil. Cela crée un lien social précieux qui rend mon poste beaucoup plus plaisant que si je restais seul à bricoler dans mon coin. On ne voit pas seulement le gars qui change une ampoule, ils voient l’homme derrière la fonction. »
Votre expérience vous conduirait-elle à donner un conseil pour accompagner nos aînés ?
Je dirais qu’il faut savoir rester à sa juste place tout en étant pleinement présent à l’autre. Pour moi, rien ne nous appartient, si ce n’est le moment partagé avec la personne qui nous sollicite. Accepter que l’on ne soit pas le centre du monde, s’adapter en permanence, laisser chacun évoluer à son rythme sans précipitation, c’est là, je crois, l’essentiel pour accompagner nos aînés avec justesse.
De quelle manière vous projetez-vous dans l’avenir ?
Je me projette difficilement dans un horizon lointain ; ce qui m’importe aujourd’hui, c’est cet instant où je me sens apaisé. J’ai le sentiment d’avoir apporté ce qu’on attendait de moi, d’avoir été à la hauteur, sans décevoir. Kersalic m’a offert un espace où ma créativité et ma sensibilité peuvent pleinement s’exprimer, un lieu où l’on m’a reconnu non comme un simple technicien, mais comme une personne qui engage toutes ses dimensions humaines au service du village.
Interview et photos par Séverine Cheminat
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Vendredi 29 mai


